«Ne nous voilons pas la face. Oui, c’est un krach»
La dégringolade a repris hier sur les places européennes. Le témoignage de l’ex-banquier privé lausannois Pierre Henchoz, qui a déjà traversé plusieurs crises.
Les séismes boursiers? C’est comme tout, on s’habitue. Pierre Henchoz ne manque pas d’expérience dans le domaine. Il en a vécus, et même vaincus, une demi-douzaine depuis le 29 mai 1962, quand le bras de fer entre le président Kennedy et les patrons des grandes aciéries américaines avait provoqué une belle panade à Wall Street, et ricoché sur l’Europe.
Retraité depuis dix-huit mois, l’ex-associé de la banque privée lausannoise Hentsch & Henchoz, désormais intégrée à la holding LODH, ne veut pas «peindre le diable sur la muraille», mais il prévient: «Il faut appeler les choses par leur nom, c’est un krach. Depuis quatre mois la baisse est graduelle, et elle s’accélère depuis le 1er janvier. En moins de deux semaines, nous avons effacé deux bonnes années de hausse. 40% des gains engrangés sur les marchés depuis l’entrée des Américains dans Bagdad au printemps 2003 se sont volatilisés. A ce niveau, ce n’est plus un coup de vent passager, mais une inversion du climat.»
Récession, une prophétie autoréalisatrice
Pierre Henchoz rappelle que l’économie mondiale a connu pas moins de dix récessions depuis 1945, et que leur durée moyenne n’est «que» de 10,4 mois. Le soi-disant spectre de celle qui mijoterait aux Etats-Unis est donc à prendre avec des pincettes: «Les intervenants sont devenus très sensibles. Il y a désormais 80% de psychologie et 20% de fondamentaux dans les réactions des acteurs. Mais à force d’évoquer une récession, la prophétie peut devenir autoréalisatrice.»