Les Bourses s’affolent après l’annonce de la faillite du fonds américain Carlyle, alimentant le spectre de la récession.
C'est un doux euphémisme: l'économie mondiale ne sait plus où donner de la tête tant les mauvaises nouvelles abondent sur le front financier. Dernier épisode en date: l'écroulement d'un fonds d'investissement appartenant au puissant groupe américain Carlyle (lire ci-dessous), laminé par une dette de 17 milliards de dollars! Une autre «victime» collatérale du subprime... L'agence de notation Standard & Poor's a beau promettre que le bout du tunnel de la crise du crédit américain est en vue 285 milliards de dollars de dépréciations aux dernières estimations , cette lumière est loin d'être rose aux yeux des marchés, qui se sont hier encore affolés. Tour d'horizon d'une planète financière en mal de boussole.
LE DOLLAR NE CESSE DE DÉGRINGOLER. QUELS EFFETS CELA A-T-IL CONCRÈTEMENT POUR LA SUISSE? Globalement, la chute du billet vert n'a que peu de conséquences sur l'économie suisse, dont la santé est intimement liée à l'euro, l'industrie exportatrice dans la zone euro pesant pour 56% du PIB. Bien sûr, si la crise du subprime fait chanceler d'autres institutions financières, l'économie mondiale en sera affectée. En attendant, les amateurs de shoppingpeuvent sauter dans le premier vol en direction des Etats-Unis. La descente aux enfers du dollar, qui a atteint hier moins de 1,01 franc un plancher historique est bien sûr tout bénéfice pour eux. Du reste, chez Hotelplan, les réservations de Pâques à destination de New York ou de San Francisco ont explosé par rapport à la même période de l'an dernier, «une hausse à deux chiffres», selon Prisca Huguenin-Dit-Lenoir, porte-parole du numéro deux du voyage.
QUID DE LA FOLLE ASCENSION DU PÉTROLE ET DE L'OR? Le phénomène n'est pas nouveau mais atteint chaque jour des sommets insoupçonnés. Ainsi, le baril de pétrole dépassait hier les 111 dollars à New York et les 108 dollars à Londres. Des niveaux records principalement dus à l'effondrement du dollar. Autre réaction en chaîne: l'once d'or, 31,1 grammes, qui ne cesse de se renchérir depuis le début de l'année. Hier, le métal précieux dépassait le seuil symbolique des 1000 dollars sur le marché londonien, soit, là encore, un cap historique. Lorsque le dollar plonge, la «relique barbare», telle que la surnommait l'économiste John Keynes, s'envole auprès des investisseurs, qui se replient sur de l'or vendu en dollars. A noter qu'en Suisse, les vrenelis ont plus que jamais la cote, constate la Banque Cantonale Vaudoise.
MAIS QUE FAIT LA BANQUE NATIONALE SUISSE (BNS)? Rien, et à juste titre, approuvent la plupart des analystes. Hier, la BNS maintenait le statu quo en matière de politique monétaire, en conservant un taux de référence à 2,75%. Une prudence qui s'aligne sur celle de la Banque centrale européenne. Toutefois, la BNS se montre plus mesurée sur ses prévisions de croissance, abaissée à 1,5% - 2%, et s'attend à une inflation moyenne de 2% en 2008. La raison? L'an dernier, le franc s'était considérablement affaibli face à l'euro près de 1,68 franc en octobre. Sa revalorisation rapide, à 1,58 franc, préoccupe nos grands argentiers. Pour Janwillem Acket, chef économiste chez Julius Bär, il n'y a pourtant pas de quoi s'inquiéter avant l'automne prochain, tant pour les exportations en Europe, les carnets de commande étant encore bien remplis, que sur l'emploi, qu'il estime en hausse de 2% pour cette année. «Ce n'est pas tant le renforcement du franc qui inquiète les exportateurs que sa volatilité», souligne aussi Fabien Heller, analyste au Credit Suisse.