La course aux bonus devient malsaine dans les banques



«Il est plus simple et logique d’acquérir une équipe qu’un établissement car la notion d’intégration est très importante.» Le directeur genevois d’une grande banque suisse nous le confiait en mars dernier, quelques jours avant la grande période des transferts de cadres entre établissements bancaires de la place.

Chaque année, très souvent après le paiement des bonus au mois de mars, des gestionnaires de fortune ou des équipes de gestion entières cherchent à faire grimper leurs revenus en proposant services et portefeuilles de riches clients à la concurrence. Un marché très compétitif à l’heure où les apports supplémentaires en avoirs sous gestion sont la clé des bénéfices des banques de gestion. Certains responsables ont ainsi démissionné abruptement de leurs établissements. Non sans emmener avec eux une bonne partie de la clientèle pour se mettre à leur compte ou pour négocier ailleurs un bonus annuel plus important ou une prime unique liée à l’apport de nouveaux fonds. Un phénomène qui prend une tournure inquiétante à Genève, selon plusieurs témoignages.

Le mois dernier, la banque Sarasin a ainsi subi une véritable hémorragie à Genève avec la démission de toute une cellule. Selon le journal Le Temps, près de la moitié de la masse d’argent gérée par la banque pourrait alors quitter l’établissement. La direction de la banque avait pourtant discuté avec l’équipe pendant une année et demie, mais aucun accord n’a été trouvé. Autres transferts signalés à Genève, Morgan Stanley a débauché une équipe de Goldman Sachs (spécialisée dans l’Amérique latine) alors que LODH a engagé le team Russie du Credit Suisse et que la banque privée Edmond de Rothschild a repris la cellule Asie de l’UBS. Une compétition acharnée qui peut parfois se retourner contre les établissements et finir devant les tribunaux (lire ci-dessous).