Le crédit, nerf de l’économie

Au panthéon des gamelles boursières, celle de 1987 vient immédiatement à l’esprit de Pierre Henchoz. Alors gestionnaire du fonds de pension de l’ONU à New York, il assiste, le lundi 19 octobre, à l’effondrement du Dow Jones. Ce jour-là, Wall Street plonge de 22,6% en une séance. «Nous étions bouche bée face au carnage, se souvient l’ex-banquier. Le spectacle était aussi morbide que fascinant, il n’y avait rien à faire.»
A la clôture des échanges, il se précipite dans le bureau de son chef, un certain Kofi Annan, alors sous-secrétaire général des Nations Unies en charge du personnel. «Il m’a dit que son job, c’était la gestion politique des onusiens, pas la finance, et qu’il me faisait confiance. Pendant la nuit, j’ai passé des coups de fil aux membres du Conseil d’investissement du fonds de l’ONU aux quatre coins du globe. Ils m’ont donné leur feu vert pour réagir sans tarder. Le lendemain, j’ai misé plus de la moitié de nos liquidités, 600 millions de dollars, pour racheter des titres. Certains avaient baissé de 30%! Résultat, six mois plus tard, nous avions annulé nos pertes du Black Monday. » A l’époque, la crise avait en partie été provoquée par l’abondance de junk bonds (les tristement célèbres «obligations pourries») sur le marché. Aujourd’hui, ce sont les crédits subprime qui plombent la planète finance. «La crise est inquiétante, dit Pierre Henchoz, parce qu’elle touche le crédit, le nerf de l’économie. Elle vient une fois de plus des Etats-Unis, où certains intervenants se comportent en cow-boys, avec un manque absolu d’éthique.»