Krach boursier
Par Crédit financement le jeudi, janvier 24 2008, 16:15 - Bourse - Lien permanent
«Ne nous voilons pas la face. Oui, c’est un krach»
La dégringolade a repris hier sur les places européennes. Le témoignage de l’ex-banquier privé lausannois Pierre Henchoz, qui a déjà traversé plusieurs crises.
Les séismes boursiers? C’est comme tout, on s’habitue. Pierre Henchoz ne manque pas d’expérience dans le domaine. Il en a vécus, et même vaincus, une demi-douzaine depuis le 29 mai 1962, quand le bras de fer entre le président Kennedy et les patrons des grandes aciéries américaines avait provoqué une belle panade à Wall Street, et ricoché sur l’Europe.
Retraité depuis dix-huit mois, l’ex-associé de la banque privée lausannoise Hentsch & Henchoz, désormais intégrée à la holding LODH, ne veut pas «peindre le diable sur la muraille», mais il prévient: «Il faut appeler les choses par leur nom, c’est un krach. Depuis quatre mois la baisse est graduelle, et elle s’accélère depuis le 1er janvier. En moins de deux semaines, nous avons effacé deux bonnes années de hausse. 40% des gains engrangés sur les marchés depuis l’entrée des Américains dans Bagdad au printemps 2003 se sont volatilisés. A ce niveau, ce n’est plus un coup de vent passager, mais une inversion du climat.»
Récession, une prophétie autoréalisatrice
Pierre Henchoz rappelle que l’économie mondiale a connu pas moins de dix récessions depuis 1945, et que leur durée moyenne n’est «que» de 10,4 mois. Le soi-disant spectre de celle qui mijoterait aux Etats-Unis est donc à prendre avec des pincettes: «Les intervenants sont devenus très sensibles. Il y a désormais 80% de psychologie et 20% de fondamentaux dans les réactions des acteurs. Mais à force d’évoquer une récession, la prophétie peut devenir autoréalisatrice.»
Le crédit, nerf de l’économie
Au panthéon des gamelles boursières, celle de 1987 vient immédiatement Ã
l’esprit de Pierre Henchoz. Alors gestionnaire du fonds de pension de l’ONU Ã
New York, il assiste, le lundi 19 octobre, à l’effondrement du Dow Jones. Ce
jour-là , Wall Street plonge de 22,6% en une séance. «Nous étions bouche bée face
au carnage, se souvient l’ex-banquier. Le spectacle était aussi morbide que
fascinant, il n’y avait rien à faire.»
A la clôture des échanges, il se
précipite dans le bureau de son chef, un certain Kofi Annan, alors
sous-secrétaire général des Nations Unies en charge du personnel. «Il m’a dit
que son job, c’était la gestion politique des onusiens, pas la finance, et qu’il
me faisait confiance. Pendant la nuit, j’ai passé des coups de fil aux membres
du Conseil d’investissement du fonds de l’ONU aux quatre coins du globe. Ils
m’ont donné leur feu vert pour réagir sans tarder. Le lendemain, j’ai misé plus
de la moitié de nos liquidités, 600 millions de dollars, pour racheter des
titres. Certains avaient baissé de 30%! Résultat, six mois plus tard, nous
avions annulé nos pertes du Black Monday. » A l’époque, la crise avait en partie
été provoquée par l’abondance de junk bonds (les tristement célèbres
«obligations pourries») sur le marché. Aujourd’hui, ce sont les crédits subprime
qui plombent la planète finance. «La crise est inquiétante, dit Pierre Henchoz,
parce qu’elle touche le crédit, le nerf de l’économie. Elle vient une fois de
plus des Etats-Unis, où certains intervenants se comportent en cow-boys, avec un
manque absolu d’éthique.»