La course aux bonus devient malsaine dans les banques
Par Crédit financement le mardi, mai 22 2007, 01:02 - Banques - Lien permanent
La course aux bonus devient malsaine dans les banques
«Il est plus simple et logique d’acquérir une équipe qu’un
établissement car la notion d’intégration est très importante.» Le
directeur genevois d’une grande banque suisse nous le confiait en mars
dernier, quelques jours avant la grande période des transferts de
cadres entre établissements bancaires de la place.
Chaque année, très souvent après le paiement des bonus au mois de mars,
des gestionnaires de fortune ou des équipes de gestion entières
cherchent à faire grimper leurs revenus en proposant services et
portefeuilles de riches clients à la concurrence. Un marché très
compétitif à l’heure où les apports supplémentaires en avoirs sous
gestion sont la clé des bénéfices des banques de gestion. Certains
responsables ont ainsi démissionné abruptement de leurs établissements.
Non sans emmener avec eux une bonne partie de la clientèle pour se
mettre à leur compte ou pour négocier ailleurs un bonus annuel plus
important ou une prime unique liée à l’apport de nouveaux fonds. Un
phénomène qui prend une tournure inquiétante à Genève, selon plusieurs
témoignages.
Le mois dernier, la banque Sarasin a ainsi subi une véritable
hémorragie à Genève avec la démission de toute une cellule. Selon le
journal Le Temps, près de la moitié de la masse d’argent gérée par la
banque pourrait alors quitter l’établissement. La direction de la
banque avait pourtant discuté avec l’équipe pendant une année et demie,
mais aucun accord n’a été trouvé. Autres transferts signalés à Genève,
Morgan Stanley a débauché une équipe de Goldman Sachs (spécialisée dans
l’Amérique latine) alors que LODH a engagé le team Russie du Credit
Suisse et que la banque privée Edmond de Rothschild a repris la cellule
Asie de l’UBS. Une compétition acharnée qui peut parfois se retourner
contre les établissements et finir devant les tribunaux (lire
ci-dessous).
Prises à leur propre jeu
Cédric Berger, avocat à l’étude genevoise Kostenbaum Associés, connaît bien ce phénomène pour avoir traité plusieurs conflits sur les bonus à Genève. «Les cas sont effectivement assez fréquents et relèvent du droit du travail. Il est vrai que la fidélité envers les établissements n’est plus ce qu’elle était il y a encore quelques années». Et l’avocat de relever un autre problème: «Beaucoup de banques offrent d’importants bonus pour réussir des gains à court terme. Mais elles minimisent les coûts salariaux que cela peut engendrer à long terme. En outre, les promesses d’apports de fonds sont très difficiles à mesurer par les établissements et beaucoup de gestionnaires ne sont ensuite pas capables de les réaliser». Les sociétés se trouvent donc parfois prises à leur propre jeu et la confirmation de l’activité de banque d’affaire à Genève ne devrait pas arranger les choses. C’est en effet dans ce secteur que l’on constate généralement les plus importants transferts d’équipes entre établissements.
Licencié, il attaque sa banque pour garder un bonus de 150?000 francs
Une banque genevoise a engagé un manager avec effet au 1er octobre 2001 après négociation des conditions-cadres. Le salaire convenu devait se monter à plus de 201'000 francs par année. Une clause additionnelle prévoyait par ailleurs que la banque paierait, pour l’année 2002, à titre exceptionnel, un bonus de 150?000 francs pour combler une différence de salaire avec son emploi précédent. La garantie de ce bonus était cependant soumise à la condition que le manager soit toujours employé, sans même qu’un avis de résiliation ait été donné, à la date du paiement du bonus, laquelle était fixée au mois de mars l’année suivante. La condition d’engagement de cette personne était d’apporter à la banque 100 millions de francs d’avoirs sous gestion dans les deux ans.